Que faut-il entendre par langage et que faut-il entendre par langue dans la littérature en linguistique?

Il est difficile de trouver des auteurs qui gardent la ligne de séparation très nette entre langue et langage.

L'objectif de cet article n'est pas de faire toute la génèse sur l'emploi de ces deux termes mais de donner une définition de chacun d'entre eux de sorte à éviter tout amalgame.

1.1. C'est quoi le langage naturel ?

Le langage naturel dont procèdent toutes les langues naturelles est un ensemble fini d'opérateurs servant à valuer ou traiter les unités d'informations ou mentas. Les mentas sont des fragments d'une notion. Une menta est stocquée sur une cellule étoilée ou astrocyte du cerveau. Un astrocyte ne peut stocker qu'une seule menta. Un automate de défragmentation en situation permet une connexion de tous les astrocytes ayant servi au stockage d'une notion ou une chaîne de notions, permettant ainsi de retrouver les informations stockées dans la mémoire long-terme et de leur donner une structure ou architecture représentationnelle.

 Le langage naturel, qui est unique et universel, comporte à notre avis seulement deux opérateurs arithmétiques : l'opérateur [-] et l'opérateur [+]. Nous donnons une définition de ces opérateurs plus loin.

A ces deux opérateurs arithmétiques s'ajoute un opérateur de positionnement hors arithmétique notée [*].

Nous avons là un système minimaliste d'opérateurs que les modules ou outils de gestion et de traitement vont faire exploser en terme de possibilités de combinaisons et de variantes ou déclinaisons des opérateurs [+], [-] et [*]. Opérateurs et modules de stockage, de recouvrement, de traitement et de retraitement composent ce qu'il est admis d'appeler ROBOT Cognitif (C-ROBOT). Ce robot ou dispositif cognitif est le même pour tous les humains ; il est donc inné.

1.2. Qu'est-ce qu'une langue naturelle?

 Une langue naturelle est l'inventaire ouvert mais conventionné de signes vocaux servant de moyen de communication propre à des membres d'une même communauté. Une langue est un ensemble de signes constituant à la fois une matérialisation et une configuration  socio-environnementale  de C-ROBOT. Une langue est donc une projection de C-ROBOT dans un evironnement culturel et physique donné à travers des signes sonores et des notions données.

Chaque signe sonore est la représentation physique ou acoustique d'une matrice de traits distinctifs. Une matrice de traits distinctifs représente à son tour une matrice de traits physico-culturels. Les propriétés récurrentes ou régulières des choses et des phénomènes sont structurés et enregistrées sous forme de segments de propriétés physico-culturels. Un segment de traits physico-culturels constitue un domaine notionnel.

En définitive, un signe sonore est le représentant d'un segment de traits acoustiques/physique et ce qu'il désigne est un représentant d'un segment de propriétés physico-culturelles.

 

INTRODUCTION

 

Dans le cadre de mes recherches en linguistique, mes réflexions m'ont amené à conclure que cette discipline doit se centrer sur le langage et non sur les langues, même si le langage ne peut s'appréhender qu'à travers les langues naturelles diverses.

Pourquoi un centrage sur le langage?

L'explication est toute simple et s'articule en trois points principaux :

(1) Le langage est une activité du cerveau humain et révèle par conséquent des propriétés du cerveau humain.

 

 

(2) Le langage est une faculté commune à tous les humains et procède de la génétique ; les langues naturelles sont des déclinaisons ou configurations socio-environnementales du langage qui est universel. C'est cette universalité du langage qui explique qu'un petit Japonais adopté à la naissance par un couple de Moosé vivants à Ouagadougou parlera le mooré et non le japonais. Mieux, il pourra apprendre autant de langues qu'il voudra par la suite.

 

 

(3) Le cerveau humain est au coeur de tout acte et volonté d'apprentissage. Pour concevoir des outils pédagogiques et/ou d'ingénierie de la formation en adéquation avec les sujets apprenants, il est indispensable de connaître de manière très approfondie le fonctionnement de la ressource première dans l'apprentissage qu'est le cerveau.

 Toutes ces raisons expliquent l'intérêt d'une théorie de linguistique algorithmique. Que l'on entende ici par algorithme toute suite ordonnée et finie d'opérateurs pour produire de la signifiance. Les objets linguistiques (les mots) sont définis comme des représentants ou marqueurs d'opérations mentales. Un opérateur utilisé ne peut garder sa Valeur Absolue ou forme schématique dans un énoncé : dans tous les cas, les opérateurs prennent des Valeurs Relatives, étant donné qu'un seul opérateur ne peut produire à lui tout seul de la signifiance. Il faut une suite finie et ordonnée d'au moins deux opérateurs pour produire de la signifiance.

La valeur interprétative ou valeur relative d'un opérateur est la résultante de l'interaction de différents opérateurs en jeu dans un énoncé ou suite d'énoncés. C'est cette résultante qui est saisie par le sens commun à travers les formes ou mots d'une langue. Une Valeur Relative s'analyse en plusieurs opérateurs ordonnés de manière spécifique autour d'un autre opérateur de base. La suite ordonnée et finie d'opérateurs donne donc un algorithme.

 

 

Une Valeur Relative a deux composants :

(1) COR : c'est l'opérateur qui occupe la dernière position d'une suite finie d'opérateurs. Le composant COR n'admet qu'un le seul opérateur : COR est toujours équivalent à un opérateur et est motivé/justifié par les opérateurs du composant INPUT.

(2) INPUT : c'est l'opérateur ou la série d'opérateurs qui précèdent COR. Les opérateurs de INPUT sont des satellites de COR. La série d'opérateurs satellites, tout en motivant l'occurrence de l'opérateur COR, influent sur ce dernier pour lui donner des déclinaisons ou Valeurs Relatives. L'opérateur-COR est la Valeur Absolue (VA) d'un marqueur.

Une unité morphologique est par conséquent appréhendée comme une Valeur Relative (VR). Une Valeur Relative est une suite finie et ordonnées d'opérateurs, c'est-à-dire un algorithme.

VR = INPUT+COR

Le changement de INPUT ou de l'ordre d'occurrence d'un des opérateurs donne un nouvel algorithme ou effet de sens. Les rapports d'enchaînements multiples et divers fondent à la fois la systémique (stabilité) et la variation qui caractérisent les langues naturelles. D'où les effets de polysémie ou d'homonymie.

 

La linguistique algorithmique a pour objet de formaliser les enchaînements discrets d'opérateurs en partant des axiomes suivants:

a) Les mots de toute langue naturelle ont une fonction iconique : celle d'être des représentants ou marqueurs d'opérations;

b)La langue elle-même est considérée comme une interface iconographique de type sonore par essence permettant à chaque membre d'un peuple d'entrer en contact avec son environnement socioculturel, de  relier vie interne/mentale et vie extérieure;

c) l'opérateur est l'unité minimale de construction d'une mise en scène, c'est-à-dire l'idée;

l'opérateur est discret et correspond à une valeur absolue. Cette valeur asolue entre dans un réseau relations avec d'autres opérateurs pour donner des valeurs relatives de par le fait de cette interaction entre marqueurs;

d) Il existe une assymétrie entre opération et opérateur dans le sens où pour avoir une opération, il faut au moins un chaîne de deux opérateurs.

 

La formalisation  des chaînes discrètes d'opérateurs consiste à :   

  (1) individuer les opérateurs qui composent INPUT,  

  (2) discriminer l’opérateur COR ou valeur absolue d’un marqueur donné,  

  (3) reconstruire et représenter formellement l’algorithme ou valeur relative d’un  opérateur  donné,  

  (4) mettre au jour la relation entre des unités morphologiques ou valeurs relatives dans une langue donnée,

  (5) expliciter les variations de sens d’une unité morphologique donnée.

Le cadre théorique de la linguistique algorithmique est bâti sur la plate-forme de la théorie des opérations prédicatives et énonciatives d'Antoine CULIOLI. En fait, la linguistique algorithmique est une continuation de la théorie des opérations prédicatives et énonciatives. La perspective de travail est pluridisciplinaire: elle brasse des résultats et des outils des mathématiques (théorie des ensembles et topologie) et la neurobiologie.

 

Illustrations:

 

 

 

 

   -l'opérateur de dissociation noté [-] qui a statut de COR.

Partout où nous avons occurrence de et, nous avons déploiement de ces deux opérateurs dans l'ordre [+] ; [-].

La suite finie [[+][-]] donne la Valeur Relative et.

La Valeur Absolue (VA) de et s'obtient en soustrayant INPUT de VR.

INPUT étant [+] dans le cas présent, [-] équivaut à VA; VA=COR.

 

VA = VR - INPUT

 

 VA de et  = |-|.

 |-| se lit dissociation.

 

Cette définition que nous faisons de et est contradictoire à sa valeur la plus connue et la plus partagée. En effet et est surtout connu pour être le connecteur par excellence et semble opérer des ajouts d'objets. En fait, lorsque je dis "il y avait Paul, Pierre, Jacques et Kouakou à la soirée" pour répondre à la question d'un interlocuteur, je ne fais rien d'autre qu'individuer les éléments de l'ensemble ou classe des personnes qui étaient à la soirée en question. Je dissocie les différents éléments énumérés, mais étant donné que INPUT est une association (construction d'un ensemble) et que l'on opère une fragmentation à l'intérieur d'un ensemble, la dissociation prend des allures d'une addition puisque les éléments individués appartiennent toujours au dit ensemble construit ou préconstruit. La dissociation introduit une discontinuité entre les éléments de la classe mais ne fait pas exploser la classe. Plusieurs éléments dans un même contenant sont dans un rapport de concomitance. C'est cet effet de concomitance qui est perçu par le sens commun sous forme d'ajout ou de coordination alors que, paradoxalement, et est un opérateur de dissociation.

 Il ressort des données de la langue française que et et la pause, tipographiée par une virgule dans l'énoncé ci-dessus sont des variantes contextuelles :

_la forme et apparaît en fin d'énumération ; techniquement parlant, et correspond à une dissociation opérée sur la frontière, c'est-à-dire la zone avant la borne finale d'un domaine.

_la forme pause ou virgule apparaît dans la zone I, c'est-à-dire la zone du domaine comprise entre la borne fermée à gauche et la borne avant la forontière ; c'est la forme primaire de l'opérateur de dissociation.

  (2)

En poussant notre analyse plus loin, il est apparu que ou et ni...ni sont des valeurs locales de cette même opération de dissociation. En effet, Si l'on venait à appliquer cette même opération de dissociation sur une des lignes d'accès construite à partir de la pointe de bifurcation d'un point décroché et menant à des ensembles déjà disjoints par ailleurs, l'on obtient la valeur ou La construction de paradigmes bloquant toute possibilité de passage d'un ensemble S à un ensemble b, il y a donc construction imposée d'un repère décroché IE (hors S et hors b) à partir duquel l'on envisage la construction d'une ligne d'accès à seulement l'un des ensembles puisqu'il y a un choix à faire. L'on opère donc une association de l'une des valeurs (par exemple S) au repère décroché et, d'autre part, à la dissociation de b à ce même repère décroché. L'on obtient ainsi une suite finie de 3 opérateurs/opérations : un premier opérateur (INPUT) de par le fait que l'on préconstruit deux ensembles distincts :

  • - une association entre S et le repère décroché (repère décroché = point virtuel localisé hors S et hors b) ;
  • - une dissociation de par rapport au repère décroché.

L'articulation de la première dissociation/discontinuité, de l'association et de la seconde dissociation génère la valeur relative ou. La structure formelle de ou est la suivante :

[[-][[+][-]]]

VA de ou = |-|

 et et ou sont des algorithmes localisés utilisant [-] et [+] qui symbolisent respectivement  l'opération  de dissociation et l'opération d'association.

 

(3)

Le même raisonnement est applicable à ni...ni. En effet, soit deux ensembles ou occurrences A et B. Ces deux occurrences sont dans un rapport d'altérité primitive puisqu'elles sont disjointes. L'on se trouve à la pointe d'une bifurcation d'un repère décroché IE (hors A et hors B) à partir duquel l'on a la possibilité de valider chacun des éléments A et de B. Or, aucun des deux éléments ne peut être validé. L'on procède alors à la dissociation des deux lignes qui, à partir du repère décroché IE, donnent accès à A et à B . A chacune de ces deux lignes d'accès dissociée correspond une occurrence de ni. Ceci explique la parité entre le nombre d'occurrences de ni et le nombre d'éléments dissociés à IE. Il y a donc pas de mystère de morphème discontinu : on a tout simplement deux opérations de dissociation successives.

Illustration

 

Jean croise Pierre sur son chemin et lui dit qu'il se rend chez son ami Paul. Pierre, qui vient de recherché Paul en vain lui dit : Il n'est ni à la maison, ni à la mercerie.

 Paul n'étant pas chez lui et n'étant pas à la mercerie, aucune de ces deux occurrences n'est validable ou assignable selon le sujet Pierre.

 

 

 

 

Biiga

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)

 Considérons par exemple, le mot et en français. Ce mot est la trace d'une suite finie de deux opérateurs :

 -l'opérateur d'association noté [+] qui a statut de BASE. Une BASE est un opérateur qui occupe la toute première position en partant de la gauche d'une suite finie d'opérateurs. Si un algorithme est constitué de seulement deux élments, c'est-à-dire d'un opérateur BASE et d'un opérateur COR,  INPUT se réduit à l'opérateur BASE et inversement.

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